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PAYS DE LANGRES

Fortifications

Successivement oppidum gaulois, capitale gallo-romaine, cité épiscopale et place forte royale, Langres possède une longue histoire dont les témoignages se découvrent pas à pas, après avoir franchi l’une des 10 portes fortifiées.

De puissantes fortifications enserrent totalement la cité et font corps avec elle ; sur un périmètre de 16 siècles et de plus de 8 km, ce long bandeau minéral égrène de nombreux ouvrages aux formes variées et des panoramas poussant jusqu’aux confins des Vosges et du Jura.

Car Langres, c’est d’abord un site.

Perchée sur son éperon à près de 500 mètres d’altitude, dominant la vallée de la Marne de plus de 150 mètres, Langres apparaît sous les traits d’une acropole inexpugnable qui semble défier le temps.

D’abord ville ouverte durant la Pax Romana, la cité se dote d’une première enceinte au IIIe siècle. Limitée à seulement un tiers de sa surface antérieure, la ville se recroqueville sur elle-même ; ces premières fortifications marqueront les limites de la cité durant un millénaire. De l’époque antique date un imposant arc gallo-romain (bâti en 20 avant JC) très tôt inclus dans la première enceinte et toujours visible à côté de la porte de l’Hôtel de Ville.

A partir de l’an Mil, Langres va croître en dehors de son enceinte. Au Sud de celle-ci, des quartiers se développent autour d’établissements religieux (Saint-Martin, Saint-Amâtre, Saint-Ferjeux). Au milieu du XIIIe siècle, une seconde enceinte est bâtie à l’initiative de l’évêque ; elle permet de clore et de contrôler fiscalement le champ de foire (actuelle place Diderot) ainsi que le quartier de Sous-Murs à l’Est.

Un siècle après, les enjeux sont différents ; en prévision d’une guerre contre l’Angleterre (la future guerre de Cent Ans), l’ensemble des quartiers Sud sont protégés par une longue enceinte payée par les habitants eux-mêmes qui en profitent pour jeter les bases de la première administration municipale. Elle est équipée d’une unique porte au Sud (la porte des Moulins) et de huit tours ; elle fixe les limites de la ville pour six siècles.

Dans un constant souci de défense, la ville n’aura de cesse que de moderniser son dispositif. A la fin du XVe siècle et durant toute la première moitié du XVIe siècle, pour faire face au nouveau défi de l’artillerie, d’énormes tours sont greffées sur l’enceinte (tour Saint-Ferjeux vers 1470, de Navarre et d’Orval en 1519, du Petit-Sault en 1521 et Saint-Jean vers 1538). Les murs y sont épais de plusieurs mètres et de vastes plates-formes sommitales permettent d’accueillir des canons de gros calibres dont les tirs balayent les abords immédiats de la forteresse. Les portes sont munies de barbacanes et de pont-levis améliorant la protection.

A la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle, des bastions polygonaux moins coûteux et plus efficaces viennent compléter ce dispositif (tour Piquante en 1566, front bastionné et porte des Moulins au Sud en 1647).

A la fin du XVIIe siècle, l’annexion de la Franche-Comté et la pacification de la Lorraine font perdre à Langres son rôle de ville frontière. Vauban y fait une visite en 1698, en fait établir un plan précis mais n’ordonne pas de travaux ; le destin de la France se joue désormais à Besançon ou Belfort… Durant le XVIIIe siècle, Langres va s’assoupir ; elle sera durement réveillée en 1814 lors des revers napoléoniens qui démontrent l’obsolescence des fortifications françaises non modernisées depuis Louis XIV.

A partir de 1840, Langres va devenir une place forte et une place de dépôt de premier ordre. En 1842 et 1850, la dernière citadelle française est construite à 600 mètres au Sud de la ville afin de bloquer définitivement l’éperon et d’offrir suffisamment de ravitaillements pour une armée de 18 000 hommes durant 6 mois. Dans le même temps, l’enceinte urbaine est entièrement reprise, le chemin de ronde en partie élargit, les crêtes de feu du parapet entièrement réactualisées.

Après la guerre de 1870, inscrite dans système Séré de Rivières, le périmètre défensif et fortifié s’étendra à l’ensemble du Pays de Langres avec la construction de huit forts détachés et d’une trentaine d’ouvrages secondaires (batteries, magasins et puits…) reliés par une route stratégique de 60 km de long.

Finalement, au terme d’une longue histoire dédiée à la défense, Langres n’aura pas à se servir de ses armes. A force de faire peur, elle s’est fait oublier. Sans le savoir, elle a peut-être gagné son véritable pari : celui de la dissuasion !


















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